PORTRAIT · CITOYEN27 MAI 2026

ARES — Le garçon qui porte un soleil

Dix-sept ans. Voix douce. Yeux baissés. Aucun titre. Aucun rang. Et au creux des paumes, une chose qui ressemble au soleil — qu'il a peur, chaque matin, de poser sur le mauvais objet.

Le café était presque vide. Bord de canal, début d'après-midi, lumière douce filtrée par un store en toile beige. Il est entré le dernier — une minute après l'heure dite, comme quelqu'un qui n'a pas l'habitude d'imposer son arrivée. T-shirt blanc, jean clair, sneakers usées, une mèche brune qui retombait sur l'œil droit qu'il a rangée d'un geste presque excusable. ARES. Dix-sept ans. Pas un titre. Pas un rang. Pas de gardes du corps. Pas de discours préparé. Il a dit bonjour, il a serré la main avec la délicatesse de quelqu'un qui mesure sa pression au gramme près, il s'est assis. Il a regardé son verre d'eau sans le boire pendant peut-être quarante secondes avant que je commence.

Personne dans le café ne savait. C'est précisément le sujet de cet article. Personne ne sait. Et lui ne dit rien.

L'ordinaire

Il habite avec ses parents dans un appartement de la zone résidentielle nord — trois pièces, balcon, deux pots de basilic que sa mère arrose. Lycée public, troisième cycle. Notes correctes mais sans génie ostentatoire. Bon en philosophie, moyen en mathématiques, médiocre en sport collectif — parce que je joue mal exprès, m'avouera-t-il à la quarante-troisième minute, sinon je risque de blesser quelqu'un. Deux amis proches, garçons de son âge, à qui il n'a jamais rien dit non plus. Un chien — un labrador noir nommé Boots — qu'il ne caresse jamais sans avoir d'abord respiré trois fois. Trois respirations. Toujours trois.

Il prend le bus pour rentrer. Il fait la queue à la boulangerie. Il rougit quand la caissière lui sourit. Il a parfois envie d'aller à un concert et il n'y va pas — parce que la foule serrée, c'est compliqué pour moi. C'est un citoyen comme tout le monde. C'est précisément ce que personne ne croit possible quand on apprend ce qu'il porte.

Le poids

Le LeSerena n'est pas en mesure de quantifier exactement la puissance d'ARES. Aucune mesure connue ne s'applique. Les trois témoins qui ont vu, à des occasions différentes et toujours involontaires, une fraction de ce qu'il peut faire, utilisent à peu près le même vocabulaire : « On aurait cru un morceau de soleil. Pas une étincelle. Un morceau. Posé là, à côté de lui. » La phrase est rapportée trois fois. Lieux différents. Témoins indépendants. Comparaison astrale, jamais minorée.

Lui-même la décrit comme une chaleur qui voudrait sortir et que je tiens en dedans. Pas une métaphore. Une réalité physiologique. Quand il fatigue — fin de journée, fin de semaine, période d'examens — la chaleur monte. Il a appris à reconnaître les signes. Léger picotement sous la peau des avant-bras. Vue qui se trouble par les bords. Respiration plus courte. À ce moment-là, il s'isole. Il va aux toilettes. Il s'enferme. Il pose les mains sur le carrelage froid. Il compte. « Je compte jusqu'à six cents. Le carrelage absorbe ce qui doit partir. Je sors quand mes mains sont redevenues normales. » Six cents secondes. Dix minutes. Plusieurs fois par jour.

La méthode

Pas de mentor. Pas d'académie. Pas de protocole officiel. ARES a appris à se contenir seul, par essai-erreur, depuis l'âge de neuf ans — date des premiers signes. Il a brûlé une nappe à dix ans en posant le coude trop fort sur la table un soir où sa grand-mère venait de mourir. Sa mère a éteint la nappe sans rien dire et a fait semblant que c'était la bougie. Personne n'a posé la question. ARES, lui, a compris. « J'ai compris ce matin-là que je devais m'apprendre à pleurer en silence. Sinon, ce qui sortait de moi ne serait jamais que du feu. Et le feu, on ne le pleure pas. On l'éteint. »

Quatre techniques principales, qu'il accepte de partager parce qu'il pense — sans en être sûr — qu'il y a peut-être d'autres garçons et d'autres filles dans le monde qui auraient besoin de les connaître :

Un. Le compte à rebours sur surface froide. Carrelage. Pierre. Métal non-conducteur en hiver. Deux. La respiration en trois temps inégaux. Inspiration courte, suspension longue, expiration encore plus longue. La suspension est la clé. « Le feu a besoin d'air pour bouger. Si on suspend, il s'arrête. » Trois. La privation volontaire d'émotion forte. Pas de films violents. Pas de musique trop intense. Pas de disputes prolongées. Quatre. Le sommeil. Beaucoup. « Dormir, c'est mettre la lumière en veilleuse. C'est le seul moment où je suis sûr de ne rien casser. »

« Vous savez ce que c'est, mademoiselle, de se demander chaque matin si on va réussir à serrer une main sans la brûler ? Moi, je le sais. Je l'apprends depuis huit ans. Je n'ai pas fini. Je ne finirai sans doute jamais. »

La peur

La peur n'est pas une peur dramatique. C'est une peur discrète, permanente, presque domestique. Peur de poser la main sur le clavier d'un piano dans la salle de musique du lycée. Peur de ramasser un livre tombé. Peur d'embrasser sa mère trop fort le matin avant de partir au lycée. Peur, surtout — la plus tenace — de tomber amoureux. « Si je tombe amoureux d'une fille, et si je l'embrasse, et si à cet instant exact je perds le contrôle… je ne veux pas y penser. Pour l'instant je n'y pense pas. »

Quand je lui demande s'il a une amoureuse, il rougit pour la deuxième fois en deux heures et il répond en regardant le verre d'eau qu'il n'a toujours pas bu : « Il y a une fille. Au lycée. Elle s'appelle… non, je préfère pas dire son prénom. Elle me sourit dans le couloir. Je lui rends son sourire. Je ne fais rien d'autre. Je ne sais pas si elle le sait. Si elle le sait, elle est patiente. Si elle ne le sait pas, c'est encore mieux. »

Le 377

Personne ne l'a inscrit au Cassus Belar. Personne ne lui a proposé. Personne ne sait. Le LeSerena est la seule rédaction informée — et seulement parce que sa mère a écrit à la rédaction une lettre, en avril dernier, qui commençait ainsi : « Mon fils a dix-sept ans. Il porte une chose dont personne ne parle. S'il vous plaît, ne lui prenez pas son anonymat. Mais s'il vous plaît, écrivez sur lui — un jour — comme on écrit sur un enfant ordinaire. Parce que c'est ce qu'il est, et c'est ce qu'il a le droit de rester. »

Le LeSerena a accepté. Voici l'article. Aucune photographie. Aucun nom de famille. Aucun lycée nommé. Aucun quartier. Le Conseil de Primus a été informé et n'a pas demandé à modifier une ligne. ARES, lui, à la fin de notre entretien, m'a tendu la main une seconde fois — en respirant trois fois avant — et il a dit, doucement : « Merci de ne pas avoir voulu me voir comme un dieu. C'est fatigant, les dieux. Je préfère être un garçon. »

« Porter un soleil sans brûler le monde, c'est plus difficile que d'être un dieu. Les dieux n'ont rien à perdre. ARES a tout à protéger. »
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